Vous aussi, proposez vos plans qui font la différence ! N'hésitez pas à faire une ou plusieurs captures d'écrans et composez un petit texte à votre sauce... puis envoyez le tout à O'Brian@neuf.fr.
Le chef d’œuvre ultime sélectionné cette semaine est un film charnière pour moi. En sortant de la salle le jour de sa sortie, je n’étais plus le même.
Ce fut l’incident déclencheur de ma passion pour l’écriture scénaristique, et si un jour j’arrive à quelque chose dans cette voie, je lui en serais redevable.
Mais je ne vais pas polluer cet article avec mes petits questionnements personnels.
Je veux évidemment (pour ceux qui me connaissent un peu) vous parler de :
SE7EN (avec un 7 à la place du V s’il vous plait) est un film de serial killer réalisé en 1995 par David Fincher, magnifiquement mis en lumière par Darius Khondji, d'après un scénario d'Andrew Kevin Walker et avec Morgan Freeman, Brad Pitt, Gwyneth Paltrow et … (voir générique de fin du film… et de l’article.).
Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce film et qui voudraient en savoir plus, voici un lien vers sa fiche IMDB : SE7EN (IMDB)
Le plan dont je vais vous parler est si court que la grande majorité d’entre vous ne l’a pas vu passer.
Une autre partie ne se souvient pas l’avoir vu mais s’en rappelle quand même.
Les plus attentifs l’ont capté.
Les furieux se sont repassés la scène image par image pour réussir à le voir.
Il représente la plus petite division d’un film : UNE IMAGE.
Un film de cinéma est composé, jusqu’à maintenant mais ça changera, de 24 images par seconde (à la télé nous en avons 25 en Europe alors qu’il y en a 30 aux États-Unis et au Japon). Je ne vais pas me lancer dans une explication de ce phénomène ni vous parler de persistance rétinienne alors croyez-moi sur parole, cette vitesse est suffisante pour vous bluffer et vous faire croire en une « certaine réalité en mouvement ».
Pour être encore plus précis, un plan composé d’une seule image non raccord avec le reste de la scène dans laquelle il est implanté, et outre le fait d’être l’égal d’une « photo », s’appelle, dans le cadre d’un film, une image subliminale.
Je vous en reparlerai à l’occasion d’un article sur un autre film de David Fincher : Fight Club (En effet, Fight Club utilise cet effet d’une manière sensiblement différente et sympathique)
Mais revenons à SE7EN (tourné avant Fight Club).
Vous montrer cette image subliminale en la sortant de son contexte n’aurait que peu d’intérêt alors rembobinons un peu :
Nous sommes dans le dernier acte du film. Le serial killer s’est rendu à la police et leur propose un marché : si les deux détectives chargés de l’enquête (Somerset / Morgan Freeman et Mills / Brad Pitt) acceptent de l’accompagner, il leur révèlera où sont cachés les deux dernières victimes.
Evidemment, il y a anguille sous roche.
La situation devient encore plus conflictuelle au moment où le prisonnier prend l’ascendant sur ses gardiens : la femme d’un des deux détectives, David Mills, est l’une de ses victimes !
La question sous-tendue est : Mills va-t-il tuer John Doe (le serial killer extrémiste religieux du film) et ainsi rentrer dans son jeu ?
John Doe est filmé en contre-plongée avec le soleil couchant placé exactement derrière sa tête, formant une auréole quasi divine.
Mills menace de lui tirer une balle dans la tête de façon on ne peut plus explicite.
Mais malgré la situation et la menace pesant sur sa vie, le visage du serial killer reste impassible.
Le détective Mills, encore sous le choc, tient le psychopathe (et le spectateur) en joue.
Le point est fait sur son visage alors que son arme reste floue.
Je me permets un petit aparté pour vous montrer sa corrélation avec un autre plan fabuleux et emblématique de ce film arrivant lors de la première rencontre entre le tueur et le détective.
Cette contre-plongée présente la silhouette floue de John Doe menaçant le détective Mills avec son pistolet (net) braqué sur sa tête.
Mais revenons à la scène en question.
Incapable de retenir ses larmes, Mills hésite plusieurs fois, baissant la tête et son arme pour fermer les yeux et se couper du monde… comme si, en les rouvrant, ce cauchemar pourrait prendre fin.
Il essaye de trouver la force de ne pas tirer sur le tueur de sa femme, il aimerait penser à autre chose.
Mais il va avoir un « flash » déterminant, pouvant être visualisé par certains spectateurs grâce à un plan faisant la différence, celui-ci :
Il dévoile le visage angélique et lumineux de Tracy Mills, capturé par la mémoire de son mari lors d’un instant d’intimité puisque posé sur un oreiller ou une couverture, refait surface.
Ce plan n’est pas un insert faisant parti de l’espace scénique actuel mais une sorte de « vue de l’esprit » : il représente un souvenir appartenant à une époque révolue.
John Doe comprend qu’il a gagné et ferme tranquillement les yeux, acceptant de se retrouver face à son créateur.
Plan très large : le détective Mills s’approche de sa cible pour lui tirer une balle dans la tête.
Le plan large est aussitôt suivit de son antithèse, un insert : très gros plan filmé pour révéler un « détail ».
Ici, ce détail est le mouvement du canon du revolver automatique lorsqu’il fait feu.
Retour au plan très large montrant l’impact.
Admirez le traitement réservé à la « giclée de sang » juste à gauche de la tête de John Doe. Elle ressemble à un nuage compact tombant au sol (est-ce l’âme du serial killer allant en enfer ??).
Mills vient de tuer John Doe mais ce n’est pas suffisant.
Observez la composition de ce plan.
La caméra présente un plan subjectif de John Doe (le spectateur est donc une nouvelle fois la cible de Mills). Somerset est de 3/4 dos.
Entre eux se dresse un pylône portant des lignes à haute tension mais ressemblant surtout à un géant observant les minuscules humains. Est-ce une représentation allégorique de Dieu ?
Certainement.
Lorsque Mills fait à nouveau feu, le cadrage montre sa tête éclater indirectement. Difficile de choisir un angle plus explicite.
Note : Le chiffre 7 étant très présent tout au long du film, il est dommage que Mills ne tire « que » 6 balles dans la tête de John Doe…
Il est également à noter que, dans son montage original, le film devait s’arrêter quasiment à cet instant. Juste après le plan suivant pour être exact.
Le dernier dialogue devait être prononcé par California, le flic obsevant la scène depuis l’intérieur de l’hélicoptère : « Somebody call somebody. Call somebody. »
Enfin, ils ont déjà réussi à éviter le happy-end souhaité par les studios et c’est le plus important. D’ailleurs, même si la coda n’a pas d'une réelle utilité, j’avoue l’aimer quand même.
L’insertion de cette image subliminale montre qu’il est possible d’apporter du sens à une œuvre en utilisant une seule image.
Il y a quelques années de cela, personne n’aurait été capable de la voir. Depuis, c’est devenu un peu monnaie courante, notamment grâce à la « génération MTV » et ses clips syncopés, au montage aussi rapide que cut. Nous y avons gagné un nombre supérieur d’informations pour un temps égal.
Le cinéma évolue constamment et les spectateurs avec. Comme l’œuf et la poule, je vous laisse le soin de conclure sur "qui pousse qui à évoluer"…
Je pourrais parler des heures de SE7EN, aussi bien niveau de sa réalisation (et son montage) que de son scénario et ses magnifiques dialogues. Je vous conseille d’ailleurs de réécouter l’excellente discussion devant un verre entre Mills et Somerset à environ 1h28 du début.
Plus d’une demi-heure avant la fin, Somerset, le « mentor » du film, la dévoile à son élève : « Vous savez, cette histoire ne connaîtra pas de fin heureuse. »
Effectivement, pour les personnages du film, c’est le cas…
… mais pour les spectateurs, c’est que du bonheur !















Très bon article.
RépondreSupprimerJ'suis évidemment un grand fan de Mills.
;)
Héhéhé merci =^.^=
RépondreSupprimerN'hésite pas à "voter" et donner une note à cet article alors ! ;-)
Tu vois, même sur "un plan", je continue de faire un article sur "Mills" ! La story continue...
SUPER article poto !!! Vraiment bon !!! Scène très bien choisie, même si comme tu le dis on peut parler des heures sur "Seven" !!! Mais cette séquence méritait vraiment que l'on s'arrête dessus !
RépondreSupprimerTes analyses sont toujours aussi bonnes !! Ça fait plaisir de te voir en toujours aussi grande forme !!
Bon... à quand les Kubrick nom de Zeus ??
Héhé merci Raoul !
RépondreSupprimerJe vous prépare une autre petite chose sur SE7EN. Mais je pourrais réellement en parler des heures ;-)
Je profite de ce commentaire pour dire que le site a évolué. Pour voir comment, il faut cliquer sur les images pour les agrandir =^.^=
Pour Kubrick heu... J'attends ta participation !!
Avis à tous les lecteurs : des articles sur les films de Kubrick sont demandés !!
vraiment très bonne analyse, comme d'hab, j'avais vu l'image à l'époque mais je ne pensais pas qu'il s'agisait d'une seule image.
RépondreSupprimer@+
The kich
Salut, je suis tombé surle site complètement par hasard... J'ai commencé par Laurence d'Arabie et je suis totalement d'accord, le cinéma vire au vinaigre, sa commence par ces merdes américaines juste pour faire du fric, ensuite vient la mégalomanie de Cameron pour son Avatar, et sa finira par Dieu sait quoi... Enfin bref tout sa pour dire que les commentaires et les analyses sont sublimes (notament celle de Seven) juste une critique, vraiment domage qu'on est pas le droit à plus de film.
RépondreSupprimerPs: Si vous pouviez vous attaquer un peu à "Voyage au bout de l'enfer" de Cimino, qui est mon film préféré ;) Bonne continuation
Hello Paolo et merci d’avoir pris le temps de laisser un commentaire et merci pour le compliment sur SE7EN.
RépondreSupprimerTon message soulève un problème de fond très intéressant.
Mais comme j’ai peur d’avoir mal saisi une partie de ton commentaire, je préfère de poser quelques questions avant de partir dans une explication fleuve ;-)
Quand tu dis que tu es d’accord avec moi sur Lawrence d’Arabie, de quoi parles-tu exactement ? Es-tu d’accord pour dire que Lawrence d’Arabie est un excellent film ou le places-tu dans le même panier que « ces merdes américaines juste pour faire du fric » ?
De cette réponse dépend beaucoup de choses…
D’ailleurs, pendant que je te tiens, pourrais-tu me citer quelques-uns de tes films et réalisateurs préférés ?
Quant à ta « critique » sur le nombre restreint de films proposés, je ne peux que plaider coupable. :-( Je manque malheureusement de temps en ce moment pour en pondre un par semaine mais je vais essayer d’en écrire au minimum un par mois.
Cela dit, tu es le bienvenu pour en proposer un ! « Voyage au bout de l'enfer » est un film complexe pouvant servir de support à plusieurs articles effectivement. =^.^=
A+
Bonjour, c'est "Paolo"... Désolé pour le retard de ma réponse mais ça m'été complètement sorti de la tête.
RépondreSupprimerJe considère Lawrence d'Arabie comme un chef d'oeuvre du cinéma.
Je dois avouer que je n'approuve pas vraiment James Cameron. Je ne remet pas en cause le fait qu'il est un bon cinéaste, mais sa mégalomanie visuelle ne me plait guère, et le scénario de son dernier film, qu'on annoncé comme film du siècle, est à vomir ! Avec les trop gentils et les trop méchants, le côté ultra-manichéen ! Un film c'est un ensemble, il est peut être le meilleur en therme d'avancée technologique visuelle, mais son histoire ressemble aux merdes de Michael Bay... Dommage car ces deux Terminator avaient une recherche interessante sur ce point de vu.
Pour mes réalisateurs, je citerai Scorsese notament son super "Les Infiltrés", le cinéma de Michael Mann m'intéresse, Sergio Leone, Tarantino, Kubrick, Eastwood (en oubliant quelques echecs), les frères Cohen... Il se peut que j'en ai oublié quelques uns.
Hello Paolo,
RépondreSupprimerNous sommes donc d’accord sur Lawrence D’Arabie. ;-)
Il y a quand même plusieurs choses qui me surprennent dans tes commentaires.
Un paradoxe déjà : tu critiques Cameron et sa mégalomanie alors que tu encenses Lawrence d’Arabie qui est une œuvre mégalomane, notamment à cause d’un tournage dantesque avec les techniques les plus poussées du moment (pellicule 70mm, donc comme l’IMAX aujourd’hui, format natif que même Cameron n’a pas pu obtenir pour son Avatar).
Il faut bien comprendre que David Lean n’a pas utilisé d’effets spéciaux car ceux-ci n’étaient pas au point à cette époque : tourner en live dans le désert avait un rendu beaucoup plus puissant ! Mais le budget n’était pas le même…
De nos jours, il va sans dire que tourner Avatar sans effets spéciaux numériques ne fonctionnerait pas. Mais franchement, si Cameron avait eu la possibilité de tourner son film sur Pandora avec de véritables Na’vi (comme David Lean a préféré tourné dans le désert), il l’aurait certainement fait =^.^=
Alors est-ce vraiment la mégalomanie d’un artiste visionnaire qui te dérange ? J’en doute car dans ta liste il y a Sergio Leone et Stanley Kublick, qui étaient eux aussi de parfaits « mégalomanes » faisant leur possible pour repousser les frontières du cinéma.
Quand Leone est mort, il était en pleine préparation d’un film intitulé « Les 900 jours de Leningrad » qu’il voulait commencer par un plan séquence extrêmement long et complexe jamais vu pour l’époque et qui a été « copié » depuis (Note pour moi-même : il serait amusant de faire un article pour parler de ce plan qu’on ne verra jamais…).
Dans le milieu du cinéma, je pense que la mégalomanie, quand elle est utilisée à bon escient, est très utile : elle sert à faire progresser le médium tout en donnant plus de munitions aux artistes pour leur permettre de raconter leurs histoires.
Cameron fait bouger les choses et il va continuer à le faire avec les suites d’Avatar car il est conscient que la 3D actuelle n’est pas satisfaisante techniquement.
Je me souviens (assez vaguement malheureusement) qu’un grand questionnaire avait été lancé suite au succès d’Avatar. Il me semble que c’était sous l’impulsion de Spielberg… Il avait posé à toute la profession une question toute simple du style : « Allez-vous tourner en 3D ? »
Tout le monde avait répondu soit oui, soit non, soit qu’il ne savait pas encore. Seul James Cameron avait fait une réponse visionnaire qui ressemblait à : « Déjà fait, quelle est la prochaine étape ? ». A ce moment, il avait encore été traité de mégalo. Mais de nouvelles infos sont tombées récemment et, grâce à lui, le nombre d’images par seconde risque ENFIN d’augmenter, ce qui changera considérablement le rendu cinématographique !
Nous pourrons en reparler en 2014 ;-)
Je suis également toujours très surpris de lire des critiques aussi violentes sur le scénario d’Avatar. Que tu n’apprécies pas son classicisme, ok. Que les thèmes développés dans le film (écologie, racisme, etc.) ne te parlent pas du tout, ok. Que tu trouves que les gentils sont trop gentils et les méchants trop méchants, pourquoi pas (c’est pire dans Harry Potter par exemple et pourtant je ne lis jamais des critiques aussi sévères au sujet de cette saga). Que tu n’accroches pas aux designs, why not. Mais que tu le compares aux scénarios décérébrés et prétextes de Bay ou que tu le définisses comme « à vomir », c’est un peu fort.
RépondreSupprimerNe trouves-tu pas que tu grossis un poil le trait uniquement dans le but de sortir des phrases « choc » comme ceux qui disent « c’est le pire film que j’ai jamais vu de ma vie » ?
Et qui a annoncer Avatar comme « le film du siècle » ? Cameron lui-même ? J’en doute.
Techniquement, écrire un scénario du niveau de celui d’Avatar est extrêmement difficile. S’il était si simple de pondre des films pouvant toucher le monde entier au même moment et battre des records d’entrées au passage, les studios auraient déjà usés le filon jusqu’à l’os. Force est de constater que ce n’est pas le cas.
Réussir à ouvrir la SF au grand public est déjà une pure gageure, il n’y a qu’à regarder les plus gros succès du box office mondial pour s’en rendre compte. Avatar était un pari très risqué car pour rentrer dans ses frais, il devait absolument être l’un des plus gros succès de l’histoire pour un film de SF. Une ambition que Cameron a relevé haut la main.
Non, j’ai l’impression, et c’est ce qui me désole, que l’on critique le succès du film et pas le film lui-même. J’avais entendu la même chose pour Titanic, comme si c’était finalement très facile à faire (en gros, il suffit d’avoir beaucoup d’argent quoi !), mais personne n’a réussit à réitérer l’exploit pour un film de ce genre. Michael Bay a tenté de surfer sur cette vague avec son pathétique « Pearl Harbor » et il a accroché un nanar de plus à son palmarès déjà bien rempli.
L’argent de fait pas tout au cinéma. Il peut aider les bons cinéastes mais il ne sauvera pas un médiocre de l’échec artistique. Sans parler du fait que même entre les mains d’un bon, il peut entraîner un échec retentissant (je pense par exemple à Michael Cimino et son film « la porte du paradis »).
Aujourd’hui, beaucoup de « cinéphiles », attendent que Cameron se plante. Moi, j’attends qu’il continue à faire avancer le cinéma car sans génies comme lui, le médium tel que nous le connaissons est voué à disparaître : pourquoi aller encore en salles alors qu’on a une meilleure qualité devant notre télé ?
David Lean avait anticipé cela en tournant son film en 70mm. Cameron continue ce difficile travail…